Référence :LBW-6888

Journal de campagne à bord du croiseur d’application«Jeanne d’Arc» commandé par M. le capitaine de vaisseau Stolz.

DUVIVIER (Charles Pierre).

1922-1923. Manuscrit autographe signé, in-4 (25 x 19,2 cm) de (1) f. de titre et (175) pp.; demi-toile marron, dos muet, étiquette manuscrite «Duvivier» sur le plat supérieur.

Relation d’un voyage aux Antilles, à la Nouvelle-Orléans, à Dakar et en Méditerranée. Il est illustré d’une trentaine de dessins exécutés à l’encre représentant des paysages, des vues de côtes, des scènes diverses et des portraits de marins ou de civils. Ce journal personnel, écrit dans un style très vivant et parfois humoristique, débute le 15 octobre 1922. L’enseigne de vaisseau Duvivier attend avec impatience le départ du navire-école qui doit l’emmener, dans un premier temps, aux Antilles. Trois jours plus tard, la Jeanne d’Arc appareille. Les premières étapes sont Lisbonne, Madère et Saint-Vincent du Cap Vert; puis a lieu la cérémonie du passage de la Ligne. L’escale suivante est Trinidad, dans les Caraïbes. Les jeunes officiers sont très bien accueillis; ils se rendent dans des clubs, sont invités à une soirée et effectuent des promenades à travers l’île, où ils admirent la nature sauvage. Ils arrivent ensuite à la Martinique, où de jeunes Martiniquaises appelées « doudous» montent à bord pour leur vendre des fruits tropicaux, des cigarettes, des sorbets, etc. Descendus à terre, les «midships» visitent le jardin botanique de Balata, près de Fort-de-France. Invité à dîner avec l’un de ses camarades, Duvivier annonce avoir dégusté un «délicieux repas créole» et garde un excellent souvenir de cette soirée. Puis la Jeanne d’Arc se rend à Kingston (Jamaïque) où il constate «un nombre considérable de boutiques chinoises, où l’on vend de tout sauf des articles chinois». Il ajoute: «Les petites vendeuses chinoises sont jolies et débitent avec une grâce inimaginable des portefeuilles en simili cuir de Russie et des éventails japonais fabriqués en série à Nuremberg». Après une soirée au Constant Spring Hotel, l’équipage remonte à bord du navire qui doit faire route vers les Etats-Unis. A la Nouvelle-Orléans, l’équipage est accueilli par le Père Giraud et ses fidèles qui brandissent des drapeaux français. Pensant découvrir une ville pittoresque, Duvivier est déçu en y rencontrant de hauts édifices, des monuments surmontés de coupoles blanches, un fleuve encombré de bâtiments de toutes sortes, des docks et des usines qui émettent des fumées toujours plus denses. En affirmant que «les Américains ne savent pas manger», il évoque la prohibition tout en précisant qu’il «est possible de se procurer de l’alcool en y mettant le prix». Dans un cinéma, il constate que les «colored» sont «parqués au second étage», tandis que l’assistance blanche trépigne sur place en regardant le film. Le navire-école d’application se rend ensuite à La Havane, où «flotte une odeur indéfinissable de cigare et de cuir grillé». Duvivier ajoute: «Sur le Prado, défilé incessant d’autos étourdissantes, mobiles témoignages de fortunes scandaleuses acquises dans le commerce des cannes[…]. Ici, la question des couleurs ne peut se poser, tous les Havanais ont du sang noir dans les veines et chez eux le préjugé des couleurs n’existe pas…». Il note que la presse diffuse une propagande antifrançaise, apparemment liée à l’actualité (occupation de la Ruhr). Puis il effectue une visite de l’intérieur de Cuba: champs de canne à sucre, villages, haciendas, etc. Après avoir quitté La Havane, le navire fait escale à Porto Rico. L’accueil est enthousiaste à San Juan: «Une musique militaire juchée sur une falaise joue des marches entraînantes et la population massée sur la rive nous salue joyeusement […]. La colonie française de Porto Rico, très active et fortement groupée autour du consul organisa en notre honneur toute une série de réceptions: bals, dîners et promenades…». Duvivier constate que l’influence française est considérable, et que les journaux sont francophiles en majeure partie. Puis il visite une habitation dans les environs de San Juan. Les étapes suivantes sont la Guadeloupe, les Saintes et la Martinique; puis la Jeanne d’Arc effectue la traversée de Fort-de-France à Dakar, où l’arrivée a lieu en mars 1923. Le jeune officier donne ses impressions sur la ville: quais, bâtiments, cafés, habitants, colporteurs chinois, etc. Avant de quitter Dakar, il assiste à une grande réception donnée par le gouverneur. Le navire rentre ensuite en France et passe par Monaco, avant d’effectuer une croisière en Méditerranée: Corse (Ajaccio), Malte (La Valette), Beyrouth, Tripoli, Latakieh, Alexandrette, Port Saïd, Ismaïlia, Bizerte et Alger. Le journal s’achève le 7 juillet 1923. Les dernières pages contiennent des notes diverses ainsi que des portraits de marins ou d’officiers. Charles Pierre Duvivier (1901-1996) entra dans la Marine en 1920. Enseigne de vaisseau de 2e classe en 1922, puis de 1ère classe en 1924, il devint lieutenant de vaisseau en 1929. Nommé au Service mobilisateur des bâtiments de commerce (SMBC) à Lorient en 1930, il fut affecté au port de Cherbourg en 1937 et promu capitaine de corvette. En 1941, il deviendra directeur de la Radiodiffusion nationale et adjoint au secrétaire général à l’Information et à la Propagande. En 1953, il ne figurera pas dans les effectifs de la Marine. Chevalier de la Légion d’honneur, Duvivier était breveté canonnier (source: ecole.nav.traditions.free.fr). On joint une lettre dactylographiée, signée Thompson, adressée à Duvivier (Nouvelle-Orléans, 2 janvier 1923, 1 p. in-4, en anglais). Plats frottés, coins usés, mais bon état intérieur.

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