Référence :LBW-6038

Histoire et voyages du Chinois Kinnkigough. Manuscrit.

Vers 1825. 2 volumes in-folio (32,2 x 19 cm) de (1) f., 358 pp. et (1) f., 396 pp., (15) ff.; basane racinée, dos lisses ornés de roulettes et fleurons à froid (reliure de l’époque).

Curieux roman d’aventures, anti-esclavagiste, et apparemment resté inédit. Il commence ainsi: «Mon père, fils d’un riche négociant de Canton, ayant acquis aussi par lui-même une fortune considérable dans le commerce, m’avoit fait instruire dans les sciences et dans quelques-uns des arts les plus nécessaires aux usages de la vie […]. Au goût du négoce que j’avois puisé dans le sein de ma famille toute adonnée au commerce, je joignis celui des voyages, que de longs préjugés nationaux ont presque interdit aux Chinois. Je manifestai donc à mon père le désir que j’avois de m’instruire en voyageant…» (t. I, pp. 1-2). Le voyageur quitte Canton pour le Pégou (Birmanie) à bord d’un navire chinois qu’il commande lui-même. Il se rend à Batavia, puis au Bengale; de là, il part pour Ceylan où il observe la pêche des perles. Il s’embarque ensuite pour l’île Maurice; une fois arrivé, il note la dure condition des esclaves. Puis le récit évoque l’histoire d’un Malabare nommé Samy et de son amie Rôna, tous deux enlevés et réduits en esclavage dans la colonie. Une fois enfuis, ils se cachent dans la forêt en changeant plusieurs fois de cachette. Armé d’un arc et de flèches empoisonnées, Samy parvient à libérer d’autres esclaves en tuant des chasseurs de Noirs marrons, mais sa tête est mise à prix. Après plusieurs péripéties, il parvient à se réfugier, avec Rôna et le frère de cette dernière, à bord du navire chinois; celui-ci reprend alors sa navigation. Malheureusement, le navire perd ses boussoles à la suite d’une tempête et arrive dans une terre où le roi, nommé Pyzennzoor, les retient captifs. Ils arrivent néanmoins à s’enfuir à l’occasion d’une bataille et parviennent à l’île de Kockôty où ils sont bien accueillis. Kinnkigough s’installe dans l’île avec l’équipage chinois et se renseigne sur les ressources naturelles de cette contrée. Il fait fabriquer des voiles et des cordes afin de préparer son départ. Mais des ennemis arrivent, parmi lesquels Pyzennzoor, et le voyageur est chargé de la défense de l’île. Ceux-ci sont battus, et il peut à nouveau se consacrer à ses préparatifs de retour. Après avoir quitté l’île, il rencontre un ballon voyageur emmenant des savants qui le conseillent sur la route à suivre. Il croise ensuite un navire américain et le suit jusqu’à New York. Le second volume est consacré essentiellement à la partie américaine et européenne du voyage. Kinnkigough reste six mois en Amérique, ce qui lui permet d’apprendre l’anglais et de s’intéresser à différents sujets: religion, population, justice, instruction, monnaie, etc. Puis il quitte New York pour la France. Après être passé par Bordeaux, il arrive à Paris où il effectue une visite au Jardin des plantes, ce qui donne lieu à une longue réflexion sur l’origine des animaux et des végétaux. Le voyageur visite ensuite Metz, Strasbourg et Lyon, puis retourne à Bordeaux. Il y retrouve le capitaine du navire américain et revient avec lui à New York. Après un passage à Philadelphie, il reprend la mer et se rend à nouveau dans les îles de Kockôky et Arouka, puis rentre en Chine. Mais les aventures de Kinnkigough ne sont pas terminées: se rappelant de la rencontre qu’il fit avec un ballon voyageur, il décide de construire un aérostat qui sera dirigé au moyen d’ailes. Le voyageur effectue ainsi un tour du monde en quatre mois qui le mène à Ava, Delhi, Ispahan, Palmyre, Constantinople et Paris. Il traverse ensuite l’Angleterre, l’Ecosse, le Groenland, le Labrador, le Canada, puis arrive à New York. Les étapes suivantes sont la Louisiane, le Mexique, Panama, le Pérou, avant de traverser l’océan Pacifique, passer au-dessus des Philippines et rentrer à Canton. Après son retour, Kinnkigough mène une vie de philanthrope: il fonde des hospices et même une colonie sur une île nommée Déliciôce, où les habitants doivent s’abstenir de consommer toute substance d’origine animale, excepté le miel… A la fin de chaque volume se trouvent des notes, une table des matières et un supplément. On y trouve quelques renseignements sur l’auteur, resté anonyme: embarqué sur la Méduse, dans les derniers jours de 1787, à destination des colonies orientales en qualité de capitaine d’artillerie, il fit un très court séjour à Pondichéry et arriva, vers le mois de septembre 1788, à l’île de France (Maurice) où il servit au moins jusqu’à la mort du gouverneur Malartic, survenue en 1800. Il composa notamment un mémoire sur la défense de l’île, longuement décrit dans le présent manuscrit, mais qui ne fut pas mis en œuvre, et aussi un projet d’épitaphe pour Malartic (t. I, pp. 313 et 343-354). Non mentionné dans Toussaint & Adolphe, Bibliography of Mauritius. Les derniers feuillets du tome II contiennent 15 chansons ajoutées : La Beauté de la femme, Une noce à Montreuil, La fille Angot, Les Epouseux du Berry, Comme à vingt ans, Le Bravo de Venise… Une note au f. 9 attribue cette copie à un certain Théophile Legendre en 1874. Manuscrit d’une écriture très lisible. Dos passés, plats frottés, pièces de titre refaites, mais bon état intérieur.

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