Référence :LBW-5590

[Un Homme des îles].

RAVANEL (Jean) — LA REUNION — ILE MAURICE — MADAGASCAR.

8 avril 1972 (date en dernière page). Manuscrit autographe signé. In-4 (26,8 x 20,8 cm) de 229 pp. (chiffrées 2-230, le titre manque); en feuilles, quelques ratures et corrections.

Relation d'un voyage effectué en 1970, principalement à la Réunion, à l'île Maurice et à Madagascar, avec un passage à Dakar, au Cap et aux Comores. L'écriture, régulière, est très lisible; le texte, rédigé dans un style littéraire, mais toujours agréable à lire, a été écrit au verso de pages dactylographiées ou de formulaires imprimés. Le narrateur quitte Marseille le 20 mai 1970 à bord du Pierre Loti, un paquebot des Messageries Maritimes qui effectue l'une de ses dernières traversées. Six jours plus tard, le navire arrive à Dakar : visite de la ville, du village artisanal de Soumbediounne et de la grande mosquée. Le 5 juin, le paquebot arrive au Cap, ce qui permet au voyageur de visiter le quartier de la Heerengracht, la grande avenue animée où il prend un taxi portant l'inscription "Whites only" (p. 19). D'autres passagers, Mauriciens, Anglais et surtout Afrikaners, montent à bord du Pierre Loti où leur présence donne de l'entrain, en particulier lors des soirées. L'escale suivante est Durban, autre ville d'Afrique du Sud, où il évoque la "grande ombre de l'apartheid" (p. 24). Le navire passe ensuite par Tamatave (Madagascar), qui donne l'impression d'être très étendue mais sans animation, puis les passagers se rendent à Foulpointe, à 60 km au nord de Tamatave. Après une traversée qui aura duré vingt-six jours, l'auteur arrive, le 15 juin, à la Réunion : il quitte alors le Pierre Loti, le navire devant continuer sa route vers Maurice, puis rentrer en France. Attendu par "un ami de toujours", Ravanel visite longuement l'île dont il donne une description accompagnée de nombreuses considérations historiques (pp. 47-106). L'occasion lui est donnée de visiter une ancienne demeure coloniale dans les environs de Saint-Pierre, ce qui l'amène à évoquer la Compagnie des Indes et l'esclavage (pp. 52-56). Il décrit ensuite les localités les plus pittoresques de l'île : Saint-Gilles, Manapany, la rivière Saint-Etienne, le cirque de Cilaos et son paysage grandiose, le village de Palmiste Rouge où les femmes se livrent à des travaux de broderie; il s'étend sur les Ilets, petites bourgades situées dans des endroits difficiles d'accès, où les esclaves marrons venaient autrefois s'y réfugier et qui sont maintenant habités par des "Petits Blancs", descendants des premiers colons (pp. 64-66). Ravanel donne une description de Saint-Denis, le chef-lieu administratif depuis 1738 : rues à angles droits, cathédrale, hôtel de ville, musée Léon-Dierx, jardin botanique, muséum d'histoire naturelle…, et aborde la question de l'influence de l'homme sur la faune et la flore (disparition du Dronte). Il évoque ensuite le commerce des tissus et des étoffes, aux mains des Hindous musulmans, puis les hôtels et les restaurants tenus par les Chinois, avant de passer à Saint-Pierre, ville de la côte sud, où flottent encore "quelques effluves de l'époque coloniale". Puis il est question de la variété des races et des métissages, de l'évangélisation et de l'accroissement de la population (pp. 77-80). L'auteur termine par une description d'autres sites qu'il visita : le Grand Brûlé, le Piton de la Fournaise, la Plaine des Cafres, le Piton des Neiges, Hellbourg et enfin Mare à Poules d'eau, avec sa végétation tellement exubérante qu'on "s'y glisse sous des voûtes de sous-bois, dans une pénombre tiède" (p. 104). La partie suivante (pp. 107-157) est consacrée à l'île Maurice. Le voyageur habite alors une pension de famille située à Blue Lagoon, près de Mahébourg. Son récit contient d'abord un historique de Maurice : occupée par les Hollandais, puis par les Français de 1715 à 1810, l'île fut cédée à la Grande-Bretagne en 1814; celle-ci développa rapidement l'économie du pays, tout en maintenant la langue française, la religion catholique, ainsi que les lois et coutumes. Enfin, l'île accéda à l'indépendance en 1968 (p. 117). A Mahébourg, Ravanel visite le Musée historique qui contient quelques souvenirs de Robert Surcouf; puis il effectue plusieurs excursions : cap Malheureux, baie du Tombeau, cascades de Chamarel, Grand Bassin, etc., en remarquant que les routes sont généralement excellentes et bien entretenues. Il se rend à Curepipe, la seconde ville de l'île, à 580 m d'altitude, où l'hôtel de ville, avec son architecture coloniale, "a l'air d'un fantôme de l'ancienne Ile de France" (p. 130). A Port-Louis, il fait la remarque suivante : "Dans cette ville commerçante s'agite surtout une population de couleur. Toutes les nationalités s'y mêlent, toutes les religions, toutes les conditions […]. Sous les légers balcons de bois qui courent le long des façades, s'entassent les boutiques grandes comme des échoppes, sombres, encombrées, où le marchand a l'air de tisser sa toile. Les Hindous s'affairent. La mosquée Jummah entrouvre de grandes portes ouvragées sur l'onbre d'un patio. Le vendredi, à l'heure de la prière, les fidèles s'y précipitent entre deux haies avides de vieillards, de mendiants et de stropiats. Partout, les Chinois veillent, attentifs et souriants…" (p. 146). Ravanel visite aussi le célèbre Jardin des Pamplemousses, qui prit son éclat lorsque Pierre Poivre fut nommé intendant général, et rappelle que c'est lui qui introduisit les canneliers, les girofliers et les muscadiers aux îles de France et de Bourbon. Quittant l'île Maurice avec regrets, il regagne la Réunion et prend l'avion pour Madagascar (pp. 158-192). Il loge alors à Tananarive, avenue de l'Indépendance, où, de chaque côté, "des immeubles à deux étages alignent leur modèle unique, couleur de terre, ocre et jaune". En ville, il remarque que "tout le monde, Blancs et Noirs, circule en vêtements européens, et il faut croiser un paysan malagasy en chapeau mou, longue chemise flottant sur le pantalon, une couverture pliée sur l'épaule, pour s'apercevoir qu'on est loin de l'Occident" (p. 161). Le voyageur visite la citadelle de la Rova, ancien palais royal construit au début du XVIIe siècle, qui domine la ville à une altitude de 1245 m. Il donne une description pittoresque de la ville et de ses habitants, avant de se rendre à Antsirabé, au sud de la capitale malgache, en chemin de fer. A leur arrivée, les voyageurs sont assaillis par des conducteurs de pousse-pousse, mais le séjour dans cette ville thermale est fort agréable (p. 169). Ravanel évoque ensuite le zoma, le grand marché du vendredi à Tananarive, qui "tient à la fois des halles et du marché aux puces, de la brocante et du Village Suisse, des souks et du comice agricole" et où il achète un crocodile empaillé. Son voyage continue à Nossi Bé, dans le nord de l'île, qu'il rejoint par avion. Dans cette "île aux parfums", les bois sont odorants et "partout, les ylang-ylang répandent leurs fragrances, mêlées à celles des caféiers et des poivriers verts qui relèvent d'une pointe d'alcool ce qu'il y aurait peut-être d'un peu trop liquoreux dans ce bain parfumé…" (p. 180). De Madagascar, il se rend aux Comores (pp. 193-217) où, après une brève escale à Dzaoudzi (Mayotte), il visite Anjouan, puis la Grande Comore, donnant, à chaque fois, une description détaillée de ces îles. Cette intéressante relation a été publiée sous le titre Un Homme des îles, Paris, La Pensée Universelle, 1973, in-8, 289 pp. Le manuscrit, daté et signé "J Ravanel" sur la dernière page, est également signé, de la même main : "J Planconneau", qui semble être le nom réel de l'auteur, Ravanel étant probablement un pseudonyme utilisé lors de la parution du livre. Manuscrit bien conservé, présentant toutefois une trace de pli au centre de chaque feuillet, et une réparation page 77.

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